Antoine Koch (AE 96) : bilan de la Route du Rhum et évolution...
Bonjour à tous, Quelques mots pour vous raconter la Route du Rhum, ma Route du Rhum. Mots écrits depuis le salon nautique de Paris où, quelques jours après l'arrivée de la course, je me suis rendu afin de trouver des partenaires financiers et d’organiser le planning des deux ans qui nous séparent du Vendée Globe.
Voici donc, en quelques phrases, un aperçu de ma Route du Rhum, une carte postale de ma première traversée de l’Atlantique en solitaire et du début de mon histoire avec l’Héautontimorouménos… Antoine
Le départ
Gris, ciel gris, mer grise, bateaux gris dans l'écluse aux premières lueurs du jour. Foule de spectateurs, foule de bateaux sur la ligne, foule de bateaux accompagnateurs. Difficile de lâcher les amarres, sachant que l'on va à la rencontre d'une grosse dépression. Et une grosse dépression, en novembre, dans le golfe de Gascogne, ça n'est jamais anodin… Alors, pour une première transat tout seul sur un 60 pieds...
La première nuit, étrange… un peu irréel d'être là. Noir, absolument. Pas de lune, pas d'étoile, des nuages, seulement, et des bateaux aussi… plein… dans tout les sens, à ne pas savoir où ils allaient. Et Joé Seteen, à 10 mètres, toute la nuit.
La dépression
Elle est au rendez-vous, comme prévu, après quelques jours de mer. Forte, blanche… 50 nœuds, peut-être un peu plus. Mais les monocoques, eux, sont conçus pour les tours du monde et ça se sent. A 20 noeuds sous pilote avec 3 ris tourmentin, stable. Tout droit tout seul comme un bon plan Finot. Du coup, le coup de vent, c'est surtout de l'intérieur du bateau que je l'ai vu. Deux jours en charentaises. Juste un petit tour sur le pont de temps en temps pour régler la grand voile. Il faut faire attention de ne pas trop lui en demander, au bateau, et alors tout se passe bien. Même si certains concurrents prennent des risques, attaquent et passent. Là, pour moi, l'objectif est d'amener le bateau en bon état à Pointe à Pitre, pour emmagasiner le maximum d'expérience et savoir comment préparer les saisons suivantes. Construire la confiance dans le bateau et puis, pour les souvenirs, regarder les vagues qui poussent le bateau et les écouter gronder quand elles arrivent.
Les alizés
La transition est brutale. On navigue vers le Sud dans un vent qui souffle encore en tempête et avec la mer qui va avec. Et puis, d'un coup, ça se calme, ça se réchauffe, le vent tourne et ça s'appelle: les Alizés… Le bonheur… Conditions de navigation idylliques : vent portant, fort, mais pas trop, vagues suffisamment puissantes pour partir en surf, poissons volants pour le folklore et coucher de soleil incandescent pour les yeux.
Seulement, il y aussi les grains... Alors, eux, il faut s’en méfier ! On ne les voit pas toujours arriver (surtout la nuit). Selon le grain, ou le vent monte d'un coup et très fort, ou alors pas du tout et on reste sans vent. Donc, à chaque fois, il faut les guetter, réduire la toile avant qu'ils n'arrivent pour préserver le bateau, au risque de rester planté sans vent... Cette vigilance de tous les instants complique la gestion du sommeil aussi. Et puis, pour aller vite eu portant, il faut barrer, beaucoup, quelle que soit la température. Alors les Alizés, c'est le paradis de la navigation, mais une chose est sûre, ce n'est pas de tout repos.
L'arrivée
Étranges, les dernières heures... on est pressé d'arriver et en même temps, un peu inquiet de la fin du rêve. La Guadeloupe se dessine à l'horizon, ce sont les nuages qui la surplombent que l'on voit d'abord. Puis les bateaux accompagnateurs (qui ne ressemblent pas du tout à ceux laissés à St-Malo quelques semaines auparavant). Puis la ligne d'arrivée. Elle est difficile à trouver, dans la nuit et à cause des lumières de la terre. Enfin, mes premiers pas à terre, la fête, et quelques images en tête...
Le Bilan
Le bilan, en bref: Bateau amarré à Pointe à Pitre. Cinquième (sur 17 monocoques de 60 pieds) et sans casse, en 17 jours 13 heures, 17 minutes et 28 secondes. Premier objectif atteint. Le bateau est bon. Et Golding, avec un sister ship, termine deuxième. Donc la marge de progression est importante, et elle sera franchie en évoluant continuellement dans la connaissance du bateau et en disposant des moyens nécessaire pour le préparer parfaitement.
L'histoire continue...
Une des conclusions auxquelles je suis parvenu durant cette Route du Rhum, c'est que, pour bien préparer le Globe 2004, il faut beaucoup naviguer et il ne faut pas découvrir les mers du Sud en course et en solitaire.
Donc, première étape nautique : Rallier Le Cap (Afrique du Sud) en double avec Eric Lamy, en profitant du creux des fêtes de fin d'année. Ca permet de ne pas être absent pour les contacts avec les sponsors en France. Et puis, c'est un entraînement qui pourrait avoir un avant goût de Jacques Vabre...
Ensuite, si les choses ne se sont pas débloquées d'ici là côté sponsor, un aller/retour en France (en avion, pour une fois) pour finaliser le financement du projet. Considérant que si le budget n'est pas trouvé pendant les deux premiers mois de 2003, ça deviendra beaucoup plus compliqué de bien préparer le Globe…
Puis, si tout va bien, deuxième étape nautique: Repartir en équipage du Cap vers Auckland en Nouvelle Zélande, pour l'expérience des mers du Sud.
Enfin, cargo, retour France et préparation pour le Tour des Iles Britanniques en juillet.
Planning:
- Deuxième quinzaine de janvier : arrivée au Cap
- Fin janvier / début février : séjour en France pour finaliser le financement du projet
- Deuxième quinzaine de février/ mars : Le Cap - Auckland
- Avril : retour du bateau en cargo
- Mai : chantier vérification du bateau
- Juin / juillet : entraînements
- 27 juillet : départ tour des Iles Britanniques
- 10 août : départ Fastnet
- 1 novembre : départ Transat Jacques Vabre
- Juin 2004 : Transat Anglaise
- Novembre 2004 / février 2005 : Vendée Globe

