Les Palmes pour Françoise Wasservogel
Retour sur la remise des Palmes académiques à Françoise Wasservogel, le mercredi 20 janvier 2010.
Toutes les photos disponibles ici
Discours d'Annie Boudesseul:
Françoise, mon amie,
La remise de tes palmes académiques m’offre l’occasion de suivre le conseil donné par le joli titre de nouvelles lues récemment : « laisse flotter les rubans ».
Les rubans de ma mémoire,
qui, pour toi, vont réveiller quelques souvenirs à l’intérieur
ou à l’extérieur de l’Ecole.
Côte à côte,
nous avons partagé l’émotion de notre première réunion pédagogique,
en ce mois de septembre 1974, l’année où l’Ecole alsacienne devenait
une centenaire, toujours en pleine forme. Tu revenais de Montréal,
où tu avais vécu deux ans. Mais ton retour datait de la veille au
matin.
Journée marathon.
Découverte de la convocation.
Appel téléphonique de l’Ecole alsacienne. A15h, tu étais dans le
bureau du censeur, Monsieur Hammel.
Tu racontais tout cela en riant.
Je découvrais ton aptitude
à enchaîner, à faire face vite, ton humour, parce que tu
n’aimes pas t’attarder sur les moments de la vie déplaisants, angoissants.
Le petit monde de l’Ecole alsacienne prit l’habitude de rencontrer le nouveau tandem Françoise-Annie. Toi, professeur d’anglais, moi, professeur d’allemand.
Or ton nom, Wasservogel, fût à l’origine de quelques erreurs dans nos courriers.
On nous confondait, me
donnant ton nom, te croyant professeur d’allemand. Amusante confusion
qui ne dura pas longtemps.
Le saviez-vous ? De 1975 à 1978, l’une puis l’autre attendit un enfant. 4 années, 4 bambins :
Valia, Fabien, Manon,
Audrey, avec lesquels, au début, de l’été, elles aimaient
partir sur les routes de Basse et de Haute-Normandie à bord d’une
camionnette, transformée par Françoise en une espèce de camping-car,
pas grand mais robuste.
Constatons que tu as
de l’astuce, l’esprit pratique, que tu sais t’adapter, mais pour
aller plus loin.
Imaginez les bords de
la Loire, la circulation plutôt animée. Imaginez, Françoise, une
main sur le volant, l’autre tient une petite brosse pour les cils.
Hop, hop, vite fait, le maquillage était terminé. Le camping-camionnette
n’avait pas quitté la route, j’étais soulagée.
Françoise sait combiner
une certaine audace à un calme olympien.
Ah, ce calme ! J’entends
encore l’exclamation de Sotto, professeur de mathématiques : « je
me demande ce qui pourrait déstabiliser Françoise Wasservogel ? »
Ou bien ce que disait,
admirative, ta belle mère : « si vous aviez vu Françoise prendre en
main tous les préparatifs de Noël. Bousculée par le temps, je ne
l’ai jamais vue s’énerver. Mais tout était prêt en temps et en
heure. Je ne sais pas comment elle fait. »
Pendant un voyage en Hollande, avec les classes de 4ème, j’ai observé comme tu pouvais être proche des élèves. Par exemple tu pris le temps, un soir, d’écouter une élève en larmes. Le lendemain, je l’entendais confier à ses camardes toute sa gratitude. Tu devenais populaire.
J’ai assisté aux pièces
de théâtre en langue anglaise que tu montais avec tes élèves. Je
retrouvais dans ces entreprises ton envie de les entraîner hors des
sentiers battus du programme, le don d’organisation, le refus de la
routine : ces qualités qui ont fait merveille au sein de l’Atelier
théâtre.
Tu as fait ta place à l’Ecole alsacienne, Françoise, aujourd’hui, elle te remercie en te remettant les palmes académiques, amplement méritées, et donc, j’ai l’honneur, Françoise Wasservogel, ma chère amie, au nom du Ministre de l’Éducation et en vertu des pouvoirs qui me sont conférés, de vous faire Chevalier dans l’ordre des Palmes académiques.
Tout ceci est très
émouvant.
La première fois que
j’ai rencontré Monsieur Hammel, le censeur de l’époque,
il m’a posé 3 questions : Etes-vous prête à relever le défi de
l’Ecole expérimentale et pilote? Etes-vous prête à servir de guide
aux élèves pendant les voyages d’études ? Etes-vous prête à transmettre
ce que vous avez appris à Montréal en audio-visuel, comme on
disait à ce moment-là ?
En 5 minutes, j’avais
compris que travailler à l’Ecole, ce n’était pas seulement enseigner,
c’était un véritable engagement, c’était un style de vie. J’ai
répondu oui, Annie aussi, et le lendemain, nous nous sommes retrouvées,
assises, côte à côte, en réunion pédagogique de début d’année.
Il nous a fallu du temps
pour comprendre comment travailler à l’Ecole alsacienne et au
moins aussi longtemps pour nous y faire une vraie place, n’est-ce
pas Annie ?
Au Grand Collège, cette
transmission se faisait dans la salle des profs. Il n’y en avait qu’une.
C’était la salle fumeurs, comme on l’appelle, encore aujourd’hui.
Imaginez, des casiers en bois tout autour, une immense table ovale au centre, couverte d’une feutrine verte. Tout le monde s’y retrouvait pour travailler, pour boire un café ou un thé, mais surtout, pour discuter, échanger des idées, construire et travailler ensemble.
Enfin … nous … les petites nouvelles, pendant longtemps, nous nous sommes contentées d’écouter.
Car, de la joyeuse bande
des 5, Guy Varenne, Jean-Marie Catonné, Louis Hamon, Pierre Lamy et
Gilbert Lecomte à Melle de Montmollin, Mme Fischer, Marie-Thérèse
Boulet, Cathy Leleu, Daniel Muller, Sotto, Bernard Lecerf, Alfred Simon
… ils nous impressionnaient, tous.
Nous avons été
épaulées et guidées par Madame Garnier, Hélène Kapp, Muriel Ladrière,
Annick Meignen, Sylviane Kryger, Claude Colombani, Micheline Meillassoux,
Nicole Hammel, Jacqueline Venin, Mariette Arsouze, Jacques Gradt, Marcel
Babinot, et bien sûr Monsieur Hacquard et Monsieur Hammel.
Grâce à eux tous,
nous avons compris que l’essence même de l’Ecole, c’était le
travail que les adultes et les élèves accomplissaient ensemble.
L’effort de chacun portait sur cette réussite-là. Mais ça
allait plus loin que l’Ecole. Ils nous ont permis de comprendre que
dans la vie aussi, il fallait passer de « faites ce que je dis » à
« faites ce que je fais ».
Nous avons mené
à terme des projets que nous ne savions pas être impossibles,
car les qualités de chaque individu et la valeur du travail de chacun
étaient reconnues et soutenues, contre vents et marées.
Cette transmission, ces
projets communs et ces voyages formaient les nouveaux. Annie et moi
en avons bénéficié, et j’espère que nous avons su faire la même
chose auprès de ceux qui sont arrivés ensuite.
Nous avons exercé
notre métier avec bonheur, sans penser qu’un jour, nous serions,
ici, toutes les deux, autour des palmes académiques.
Car, nous n’étions
pas comme Topaze, le professeur de la pension Muche, dans le roman de
Pagnol. Nous avons exercé notre métier à l’Ecole, sans rêver de
ce ruban violet, sans penser à cette décoration qui récompense les
services rendus à l’enseignement.
Et aujourd’hui, Annie
me décore des palmes académiques. La boucle est bouclée.
Des palmes, il y en a
de toutes sortes.
Les originales sont celles
des palmiers du désert. Elles sont symbole de vie et de vitalité,
elles offrent une ombre rafraîchissante et leurs fruits permettent
de survivre dans cet environnement hostile.
Il y a aussi celle du
Festival de Cannes, que beaucoup convoitent, car elle est synonyme de
victoire.
Aujourd’hui, ici, les palmes sont académiques. Elles arrivent après la médaille des increvables qu’Annie et moi avons reçue après 25 ans de bons et loyaux services, passés à l’Ecole.
Et pourtant, être adulte
à l’Ecole alsacienne n’est pas un combat, c’est un choix
de vie. Une détermination personnelle surtout, pour innover tous les
jours, en classe d’abord, ne jamais s’ennuyer pour ne pas ennuyer
les élèves, en dehors de la classe aussi, créer, s’engager, aller
de l’avant et surtout, essayer, comme disait Gandhi, d’incarner
le changement qu’on désire voir dans le monde.

