Kosovo : un patrimoine en voie de disparition
Mars et juin 2000 : je suis envoyée par Patrimoine Sans Frontières - une petite ONG française - en mission à Pristina.
Pour assister le musée du Kosovo : en tant qu'architecte, il s'agit notamment de monter une exposition de photographies et de proposer un projet de réhabilitation d'un bâtiment du musée.
Depuis la France, on se représente mal la situation au Kosovo, mais heureusement, là-bas, la vie ne se limite pas à Mitrovica. L'expérience est étonnante à tous points de vue et je découvre une culture, un patrimoine multiple en voie de disparition. Les dégâts sont différents selon les régions, selon les bombardements qui les ont touchées. Globalement, il y a eu beaucoup de destructions, en particulier dans l'ouest du Kosovo, où de nombreuses maisons et monuments culturels ont disparu. Quoi de mieux pour anéantir un peuple que de détruire son patrimoine, sa mémoire ? Les efforts de reconstruction sont bien sûr concentrés sur l'habitat, afin de parer à l'urgence humanitaire et de donner un abri à tout le monde pour l'hiver, et finalement la préservation et la reconstruction du patrimoine historique et culturel sont négligées, voire oubliées. Bien souvent, le manque de moyens et l'urgence empêchent toute démarche qualitative, sans parler des problèmes quotidiens (coupures d'électricité et d'eau, réseaux téléphoniques détruits, etc.) qui constituent encore des obstacles. La question du patrimoine culturel est cruciale, parfois trop : en septembre dernier, le frère du directeur du musée du Kosovo, membre albanais du conseil municipal de Pristina, a été assassiné pour avoir voulu faire respecter la loi sur les constructions illégales.

